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4 février 2019 – Le Lundi des Écrivains avec Jean-Pierre Mocky : « Le cinéma doit être urgent »

Propos autour de son livre « Une vie de cinéma », coécrit avec Laurent Benyayer et Philippe Sichler, chez Neva Editions. Modérateur : Baptiste Liger, rédacteur en chef du magazine Lire.

Habitué des Deux Magots, Jean-Pierre Mocky nous a fait le plaisir de venir y présenter ce nouvel ouvrage très important à ses yeux. Cinéaste prolifique et engagé, il est l’auteur de 66 long-métrages depuis ses débuts derrière la caméra en 1958. Des films inclassables qui ne ressemblent à aucun autre, abordant d’un œil aiguisé les thèmes de société qui l’ont interpellé au fil des époques. Des films qui grattent là où ça démange, jamais avec tiédeur, toujours avec mordant.

Ce n’est pas un simple livre qu’est venu nous présenter Jean-Pierre Mocky, mais un superbe panorama de 680 pages sur sa carrière, destiné aussi bien aux fans de la première heure qu’aux jeunes générations de cinéphiles avides de découvrir son œuvre.

« Une vie de cinéma » est un très bel objet qui fourmille de détails, dans lequel on ressent cet appétit de création jamais rassasié, cette envie chevillée au corps de raconter des histoires. Un livre de convictions également, celles qui ont forgé cet esprit farouche et indépendant, le poussant à creuser son propre sillon dans le septième art français. Ainsi il proclame « Le cinéma doit être urgent ». Il aime tourner vite afin de saisir des instants de vérité, de laisser la place aux imperfections, et de limiter les budgets pour pouvoir tourner comme il l’entend en dépendant le moins possible des argentiers. Un crédo qui a fait de lui le roi du système D pour financer ses œuvres, nous délivrant au micro des secrets inattendus sur le placement de produits.

A l’écran, il s’agit bien moins de chercher le glamour que d’utiliser la satire pour dénoncer tout en s’amusant. C’est d’ailleurs, précise-t-il, ce goût de l’amusement enfantin qui lui permet de convaincre les grandes stars de s’essayer à son cinéma hors des sentiers battus : « proposer le plaisir du contre-emploi, du déguisement que l’acteur n’a pas l’habitude d’endosser ».

Le réalisateur s’est raconté puis a répondu aux questions avec sa liberté de ton habituelle. Avec humour et autodérision également. A l’opposé de son image de caractère difficile, il nous a confié retenir de sa carrière les amitiés et les rencontres avant tout. Ces artistes qui ont cru en lui et lui ont mis le pied à l’étrier, grands réalisateurs comme Fellini ou Cocteau, écrivains comme Raymond Queneau ou Marcel Aymé. Bonus 100% Mocky : cette anecdote où l’assistance hilare apprend qu’une leçon essentielle de cinéma peut venir d’une tenancière de maison-close italienne !

Les co-auteurs du livre, Laurent Benyayer et Philippe Sichler, ont souhaité offrir avec « Une vie de cinéma » la vision la plus complète possible de son œuvre. Se mêlent les anecdotes du cinéaste et les témoignages d’acteurs fidèles, les critiques d’époque parues dans la presse et des archives inédites sur la genèse de ses films. Le tout illustré d’une très riche iconographie. Ce beau-livre réalise le bilan de soixante ans de carrière, mais qu’on ne s’y trompe pas : la passion du cinéma reste vivace, et un prochain film est forcément déjà en route.