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13 mai 2019 – Le Lundi des Écrivains avec David Foenkinos : « J’aime me laisser guider par l’étrangeté de mes inspirations ».

Propos autour de son livre « Deux sœurs », aux Editions Gallimard. Modérateur : Baptiste Liger, rédacteur en chef du magazine Lire.

Avec seize romans à son actif, David Foenkinos est désormais une des plumes les plus populaires de notre pays, un des auteurs capables de toucher la corde sensible du grand public tout en obtenant une véritable reconnaissance institutionnelle (citons notamment le Prix Renaudot et le Prix Goncourt des lycéens obtenus en 2014). Que de chemin parcouru pour un romancier qui, avec ce sens de l’humour et de l’auto-dérision qui le caractérise, nous déconseille ses premiers livres !

David Foenkinos ne fait pas partie des ces auteurs nés dans une famille de grands littéraires ayant toujours un livre à la main. La littérature – et l’écriture dans un même mouvement – sont entrées soudainement dans sa vie comme une renaissance, à la suite d’un long séjour à l’hôpital vécu lorsqu’il était adolescent.

A ses débuts, notre invité n’écrivait pas avec l’ambition d’être publié. Il est même resté un certain temps gêné à l’idée que l’on puisse lire ses textes. Lorsque son éditeur chez Gallimard lui a donné sa chance, c’est en écrivant à ses équipes cette note singulière : « C’est bordélique, foutraque, mais ça vaut le coup d’essayer ».

Résolument loufoque au départ, la plume de David Foenkinos a su conserver cet ADN tout en se teintant peu à peu d’une douce mélancolie. Les jalons majeurs de cette évolution ont été l’immense succès de La Délicatesse, puis la nouvelle consécration avec Charlotte en 2014. La genèse de ce roman aura duré huit ans, et laissera penser à notre invité qu’il serait sa dernière œuvre, se sentant alors incapable de revivre une expérience d’auteur aussi intense.

Quid de Deux sœurs, son nouvel opus ? Deux thèmes majeurs irriguent ce roman. Premièrement « la séparation amoureuse, extrême, totale, dévastatrice », l’impression déchirante d’avoir été une parenthèse dans la vie de l’autre. En second lieu, l’idée qu’une même famille et une même éducation peuvent engendrer deux personnes radicalement différentes.

Ce qui a le plus passionné David Foenkinos dans la création de cette intrigue, c’est cette femme qui, en venant vivre chez sa sœur, se retrouve soudain face à la vie qu’elle aurait dû avoir. L’idée également qu’une personne qui vous aime profondément peut devenir malgré tout le bouc-émissaire de vos tourments. Pour rendre cela palpable sur le papier, notre invité a opté pour des chapitres courts et rythmés, une écriture pulsionnelle épousant le vertige de Mathilde et plongeant le lecteur dans une expérience presque physique du quotidien chaotique de cette femme.

Très hétéroclite, son œuvre aborde néanmoins à chaque ouvrage ce thème de « la vie marquée par une cassure ». Il y perçoit lui-même l’écho évident de sa propre expérience, celle d’un ado tombé gravement malade avant de commencer une seconde vie.

Interrogé sur la sensibilité de sa plume, cette justesse qui s’exprime notamment dans la composition de personnages féminins complexes, David Foenkinos nous avoue prendre garde à ne pas devenir ce qu’il appelle un « vampire du réel », un auteur qui rechercherait la véracité absolue en interrogeant les gens pour s’inspirer de leurs vies. Il tient au contraire à faire confiance au lien « étrange, quasi-mystique » mais en tout cas profondément humain qui peut nous relier à des personnes dont la vie est très différente de la nôtre.