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4 novembre 2019 – Le Lundi des Écrivains avec Didier Van Cauwelaert :

« La bienveillance donne des ailes ».

Propos autour de son livre « La bienveillance est une arme absolue », aux Editions de l’Observatoire. Modérateur : Baptiste Liger, rédacteur en chef du magazine Lire.

Clin d’œil du calendrier littéraire, ce Lundi des Ecrivains se déroulait le même jour que la remise du Prix Goncourt. L’occasion pour Baptiste Liger d’interroger notre invité sur le sujet, puisque Didier Van Cauwelaert fut lui-même lauréat du Prix en 1994 pour « Un aller simple ». L’auteur s’est remémoré avec sourire ce « merveilleux cadeau », tout en précisant que la vie ne change pas après cela. Le conseil qu’il donne à chaque nouveau lauréat qui lui demande est d’écrire dès le lendemain, pour ne surtout pas se couper de sa routine. Continuer son projet en cours sans l’ajourner, malgré le planning souvent chargé de l’heureux élu dans les semaines suivant l’annonce.

A droite, Didier Van Cauwelaert répondant à nos questions en préambule de la rencontre.

 

Didier Van Cauwelaert est surtout venu nous présenter son nouvel opus « La bienveillance est une arme absolue ». Un titre énigmatique et évocateur à la fois, pour ce qui est un vrai Objet Littéraire Non Identifié.

Partons du commencement : comment définir la bienveillance ? L’Etymologie du latin benevolens est limpide, il s’agit de « vouloir le bien ». La définition du vénérable Larousse nous parle elle de « disposition d’esprit inclinant à la compréhension, à l’indulgence envers autrui ».

La définition personnelle de notre invité évoque quant à elle l’idée d’être sensible à ce qu’on doit aux autres. La lucidité dans la gratitude. Et dans un second temps, d’essayer de faire circuler cette énergie positive que l’on a reçu d’autrui. La bienveillance est un grand plaisir solitaire, car elle ne fonctionne pas dans le but du retour sur investissement. Et Didier Van Cauwelaert de citer Homère : « Fais le bien, et jette le dans la mer ». La seule chose que l’on peut rechercher à sa travers sa propre bienveillance, c’est la trace du plaisir de faire quelque chose de bien pour quelqu’un qui le mérite… ou qui ne le mérite pas d’ailleurs !

L’auteur nous a par la suite raconté des épisodes marquants de sa vie où la bienveillance a « fait le bien », à commencer par son refus à huit ans de dénoncer ses camarades de classe qui lui menaient la vie dure. Attitude noble qui lui valut le respect de tous, et lui fit accéder au statut de conteur de la classe.

Son père ensuite, figure tutélaire « maître d’arme en bienveillance ». Un homme à la vie rocambolesque qui aurait tué un notaire à l’âge de 13 ans si le propriétaire du bar qui lui avait vendu le pistolet ne lui avait pas fourni – volontairement d’après le père – une arme enrayée pour éviter à un enfant de finir en prison !!

Didier Van Cauwelaert a évoqué ensuite un autre homme essentiel pour lui, l’ancien éditeur Jean-Marc Roberts. Cette figure germanopratine fût celui qui publia en premier notre invité, lui proposant un contrat 24 heures après avoir reçu le manuscrit. L’occasion d’évoquer avec affection celui qui était d’une générosité incroyable avec ses auteurs, peut-être car il les comprenait parfaitement étant lui-même romancier.

Jean-Paul Sartre également, dont Didier Van Cauwelaert pu vérifier la bienveillance alors qu’il était un lycéen montant la pièce « Huis clos ». Ignorant des règlements et n’ayant pas demandé les droits au préalable, la pièce aurait dû être purement et simplement annulée sans l’intervention de Sartre lui-même qui fît ce cadeau désintéressé à un jeune lycéen inconnu. La pièce connu le succès et fût louée pour son humour féroce, ce qui ravit Sartre qui avait écrit la pièce en ce sens et regrettait que cet aspect soit toujours délaissé par les metteurs en scène. La lettre de remerciement dont se fendit le grand auteur permit alors au jeune auteur aspirant de prendre confiance en lui et de le conforter dans sa volonté de création artistique. « La bienveillance donne des ailes », comme le résuma si bien notre invité.