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16 septembre 2019 – Le Lundi des Écrivains avec Yann Queffélec : « La famille est le vivier romanesque par excellence ».

Propos autour de son livre « Demain est une autre nuit », aux Editions Calmann-Lévy. Modérateur : Baptiste Liger, rédacteur en chef du magazine Lire.

 

Ce lundi 16 septembre marquait le lancement de la deuxième saison de notre rendez-vous littéraire du Lundi des Ecrivains. Un lundi par mois, un auteur vient à la rencontre du public pour nous présenter son nouvel ouvrage et répondre aux questions des amateurs de littérature.

Pour ouvrir le bal de cette saison, nous avons eu le plaisir de recevoir le romancier et essayiste Yann Queffélec. Un véritable auteur, qui a su dès le début mélanger biographies d’hommes épris de liberté (le navigateur Eric Tabarly, le compositeur Béla Bartok) et travail fictionnel de premier plan, en témoigne notamment son Prix Goncourt reçu en 1985 pour Les noces barbares.

Œuvre après œuvre, Yann Queffélec continue d’explorer la notion de famille, qui est pour lui le « vivier romanesque par excellence ». La famille est tout à la fois, composée de ceux qui vous ont mis au monde, partagent votre toit, vous élèveront et seront présents dans les moments majeurs de votre vie. C’est un milieu étrange et contradictoire, à la fois bâtisseur et destructeur, qui peut vous offrir des chances ou être le terreau de grandes incompréhensions.

 « Demain est une autre nuit » s’inscrit bel et bien dans ces préoccupations. Le roman nous raconte l’histoire de deux frères qui ne se sont pas vu depuis 39 ans et se retrouvent à la suite de l’hospitalisation du plus jeune. Ce que l’aîné imaginait être une courte visite de courtoisie vaguement gênante va devenir, alors que la neige tombe derrière la fenêtre, une nuit où les rancœurs du passé vont refaire surface.

Entraîné dans ce climat tendu où les non-dits affleurent, le lecteur essaie de deviner ce qui a pu séparer ces frères autrefois si fusionnels, unis par des circonstances familiales qui ont fait de l’aîné le père de substitution de son petit frère. D’autant plus que Yann Queffélec alterne avec talent des chapitres aux révélations essentielles avec d’autres en apparence plus anecdotiques, mais éclairants eux aussi à leur manière.

Très naturellement, ce thème majeur a conduit Baptiste Liger à évoquer la propre famille de Yann Queffélec. Les histoires familiales décrites dans ses romans font elles écho d’une manière ou d’une autre à son propre vécu ? Comme l’a si bien répondu l’auteur, la distinction entre fiction et éléments réels est toujours plus utile pour les lecteurs ou les éditeurs, une piste pour tenter de cerner un travail. Dans l’imaginaire d’un écrivain en revanche, la ligne entre récit et mémoire est toujours bien plus poreuse. L’auteur est nécessairement nourri de ses propres expériences, auxquelles il va insuffler du romanesque dans le ton et dans la force des mots, jusqu’à pouvoir « inventer » ce qui s’est réellement passé.

La famille Queffélec est donc bien mêlée d’une manière ou d’une autre à l’œuvre littéraire de Yann. Elle a toujours compté beaucoup d’artistes, de voyageurs, en d’autres termes de gens ayant des histoires à raconter et prenant du plaisir à le faire. Le père de notre invité fût un écrivain apprécié et reconnu, avant que son œuvre ne retombe dans un anonymat injuste. A-t-il eu envie de s’affranchir de cette parenté artistique prestigieuse mais potentiellement encombrante ? Il souhaitait au contraire devenir ce père qu’il admirait, jusqu’à en adopter volontairement le même style d’écriture. Aujourd’hui encore, c’est vers son œuvre qu’il se tourne lorsque sa plume est dans une impasse.

 « Il écrivait sans rature, comme Simone de Beauvoir » ajoute-t-il en clin d’œil à celle qui fût l’une des plus illustres clientes des Deux Magots.