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Paul Greveillac, lauréat 2018 du Prix Pelléas – Radio Classique.

Né en 1981, Paul Greveillac a fait des études de lettres et de sciences politiques qui lui permettent d’aborder la question soviétique en profondeur. Son premier roman, Les Ames Rouges paru chez Gallimard en 2016 s’intéressait à la vie à Moscou et notamment la vie d’un fonctionnaire chargé de censurer les écrits, entre la fin de Staline et la fin du bloc de l’Est. En 2017, son point de vue change, il choisit d’aborder la question côté artiste et en l’occurrence musicien. Il publie Cadence secrète. La vie invisible d’Alfred Schnittke, une biographie romancée d’un compositeur soviétique qui a vécu de 1934 à 1998.
Partagé entre une envie de reconnaissance par le public et la poursuite d’une voie plus originale, dans un pays où l’art n’est qu’officiel, Schnittke invente, malgré la censure, et les besoins matériels. Plus qu’une biographie, Cadence secrète instaure une proximité sensible avec le compositeur.

Dans ce livre, Alfred Schnittke rencontre la censure dès sa sortie du conservatoire. Concerts annulés, partitions interdites, commandes reportées sont son lot quotidien. Schnittke va construire souterrainement une œuvre savante, peuplée de sonorités nouvelles, abordant des thèmes et exprimant des sentiments qui le mettent en situation d’opposition de plus en plus marquée face au régime. Autour de lui, tandis que l’Union soviétique se fissure, un groupe de musiciens et d’interprètes se forme, qui nourriront bientôt les rangs des « dissidents » passés à l’Ouest. Tels Gidon Kremer, ou encore Mstislav Rostropovitch, qui feront tous deux beaucoup pour la notoriété de Schnittke. Le compositeur, quant à lui, ne pourra obtenir de visa pour l’Ouest qu’à l’orée des années 1980. La chute du Mur et la Perestroïka permettent enfin à Schnittke d’accéder à une reconnaissance internationale. Citoyen de Russie soviétique d’origine juive allemande, converti au catholicisme, Alfred Schnittke finit par s’installer à Hambourg. C’est dans cette ville qu’il meurt, à 64 ans, laissant derrière lui une œuvre parmi les plus fortes du XXe siècle.