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Le Lundi des Écrivains avec Nicolas d’Estienne d’Orves : «Je me sens délesté si je n’écris pas»

Propos autour de son roman Marthe ou les beaux mensonges paru chez Calmann Levy
Modérateur : Baptiste Liger, rédacteur en chef du magazine Lire.

À 44 ans, Nicolas d’Estienne d’Orves a déjà publié 29 romans, essais et nouvelles. Il dit « être malade quand il n’écrit pas », ce qui explique sa boulimie de la littérature.
Petit-neveu du résistant Honoré d’Estienne d’Orves, l’ironie du sort a fait de lui aujourd’hui un spécialiste de la collaboration. Car Nicolas d’Estienne d’Orves s’est toujours intéressé aux destins troubles et « au côté obscur de la force ».

« Marthe Richard a eu un destin extraordinaire, romanesque. J’ai voulu écrire sa vie pleine de rebondissements en me mettant dans la peau de son personnage pour n’avoir aucun jugement moral ».
Prostituée, espionne, femme d’affaires, résistante, collabo, écrivain, pionnière de l’aviation, politicienne… elle a traversé les deux guerres mondiales en se créant à chaque fois des nouvelles vies. Provenant d’un milieu social pauvre (des petits ouvriers de Lorraine), elle naît avec un besoin de revanche lié à sa condition de vie et part seule à Nancy à 16 ans.
Elle fut contrainte de se prostituer dès son plus jeune âge à cause d’un rabatteur, qui est son premier amour.
La suite relève davantage du conte de fée puisqu’elle rencontre dans un bordel parisien un riche homme, Henri Richer qui finira par l’épouser. Elle fera alors table rase de son passé pour devenir une respectable bourgeoise. Lors d’un meeting d’aviation, elle a une révélation et demande à son futur mari de lui acheter un avion : elle obtiendra son brevet de pilote et deviendra l’une des premières femmes à s’envoyer dans les airs ! En 1913 elle tombe dans le coma suite à un grave accident d’avion et perd son riche mari 3 ans plus tard, fauché par une salve d’artillerie. « Ce que j’aime chez Marthe Richard, c’est qu’à chaque fois elle s’invente une nouvelle vie. Sa vie est faite d’innombrables coups de théâtre ». Dès son réveil, elle veut voler à nouveau. « C’est renoncer au ciel qui me tuerait » lui fait dire d’Estienne d’Orves.
Elle deviendra ensuite résistante, patriote, espionne, fera un séjour en prison pour trafic de bijoux, et œuvrera pour la fermeture des maisons closes.
Voilà donc le destin passionnant d’une femme engagée qui ne renonce jamais, qui se réinvente constamment.
« Si Marthe Richard a connu la gloire et beaucoup d’aventures, je crois que cette tête brûlée ou trompe la mort n’a jamais vraiment connu le bonheur. J’ai tenté de mettre en scène sa vie avec ses coups de théâtre pour faire naître la Marthe Richard telle qu’elle se serait rêvée ».