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La restauration des statues des Deux Magots

Les deux statues de mandarins chinois qui trônent, fières et immuables, dans la salle des Deux Magots, sont indissociables de notre établissement. Elles lui donnent son nom et perpétuent son âme, attirent les regards affectueux des habitués comme les sourires des visiteurs de passage. « Ces statues nous les chérissons et nous en prenons soin, comme en témoigne ce bichonnage complet réalisé les 8 et 9 janvier 2019 », nous explique Catherine Mathivat, propriétaire du lieu.

Gwénola Le Masson, restauratrice de mobilier peint, membre de l’Association des Grands Ateliers de France, nous explique le sens de son intervention.

Quel est l’esprit de cette restauration ?

« L’objectif est de redonner une nouvelle jeunesse aux deux véritables symboles des Deux Magots. Ce sont des statues en bois polychrome, une matière vivante que l’activité du café, l’environnement urbain, l’usure du temps font évoluer. Il est donc nécessaire de régulièrement intervenir pour les bichonner : nettoyer, raviver, et protéger pour les années futures. Pour ce faire, mon travail de restauratrice consiste à trouver le juste équilibre : insuffler un nouvel éclat chromatique, tout en respectant la patine du temps. Et préserver ainsi le vécu de ces deux sculptures qui accueillent le monde entier depuis 1884.»

Quel travail effectuez-vous pour leurs redonner tout leur éclat ?

« La première étape indispensable est de les nettoyer à l’aide d’un solvant spécial. Ce dernier va ôter la cire de protection, mais aussi et surtout les différents résidus qui se sont progressivement déposés dessus. Les statues récupèrent alors un aspect plus mat. Mon travail consiste ensuite à corriger les petits manques de peinture aux endroits où celle-ci s’est écaillée, a perdu de sa vivacité. Cela, afin de redonner toute sa visibilité au « décor » des sculptures, c’est-à-dire l’ensemble des couleurs les constituant. Les statues redéploient alors toutes leurs nuances chromatiques, ce qui permet à l’œil de se fixer sur les détails les plus intéressants. Le pinceau redonne sa chatoyance et sa fraîcheur à chaque vert, bleu ou rose, tandis que les différents motifs vestimentaires, animaux légendaires ou ornements floraux, sont à nouveau visibles dans toute leur richesse. Vient ensuite la dernière étape, au cours de laquelle j’applique le vernis et la cire indispensables à la protection des statues lors des prochaines années. »

Quel est votre regard d’artiste sur nos deux vénérables statues ?

« Il y a de l’admiration pour le magnifique travail de sculpture sur le bois, notamment dans l’effet de plis sur les robes. Je note une réelle harmonie entre le travail de sculpture proprement dit et les différents éléments picturaux qui viennent les mettre en valeur. J’aime particulièrement certains motifs qui ornementent les robes des deux statues, au niveau des torses et des épaules, et qui utilisent des éléments symboliques de la culture traditionnelle chinoise comme le dragon et le phœnix. »

« Mis à part le travail remarquable de cette restauration, j’aime l’idée que ces statues aient vu toute l’histoire de la maison. Elles sont la mémoire de notre bel établissement », conclut Catherine Mathivat.