18 décembre 2019 – Le Lundi des Écrivains avec Lorànt Deutsch :

« S’intéresser à notre langue est une démarche généreuse et gourmande ».

Propos autour de son livre « Romanesque », aux Editions Michel Lafon. Modérateur : Baptiste Liger, rédacteur en chef du magazine Lire.

A l’origine acteur et comédien de théâtre, Lorànt Deutsch est également devenu en quelques années un auteur de livres accompli et extrêmement populaire. Son ouvrage « Le métronome » a ainsi été vendu à 2 millions d’exemplaires. C’est pour la sortie de son opus « Romanesque », dans une nouvelle version enrichie de 250 illustrations, qu’il est venu à la rencontre de son public aux Deux Magots.

Lorànt Deutsch et Catherine Mathivat, Présidente des Deux Magots.

 

« Romanesque » se propose de revisiter les origines de notre langue française avec la curiosité et l’esprit ludique qui animent sans cesse notre invité. D’où lui vient sa passion de l’Histoire, lui demande Baptiste Liger ? Tout simplement de l’observation du présent.

C’est en aimant notre présent, notre époque contemporaine, que lui est venue l’envie d’explorer le passé sous des angles différents, ici celui du langage. De la même manière que l’on a envie de connaître les secrets d’un tour de magie qui nous a bluffé, ou de passer derrière le rideau du théâtre pour découvrir les coulisses de la pièce qui nous a happé. Il y a donc chez Lorànt Deutsch cette curiosité naturelle, ce goût pour se renseigner, alliée au plaisir ludique de mener l’enquête. Une conviction également : « L’histoire est le mode d’emploi du présent ».

D’origine hongroise par son père, notre invité s’est lancé à 20 ans dans des études de langues orientales, dont celle de ses origines. Il s’est alors mis à voir sous un autre œil, par effet miroir, les particularités de la langue française. Il la qualifie ainsi de « compliquée », dans le bon sens du terme. « Compliquée parce que folle, irrévérencieuse, audacieuse. Elle saute par-dessus les règles ».

Concernant l’épineuse question de la date de naissance de notre langue, Lorànt Deutsch se garde bien d’apporter une réponse catégorique. Le sujet, après tout, divise encore de nos jours les linguistes les plus éminents.  Son opinion personnelle considère néanmoins le passage à l’écrit, via les premiers glossaires de Charlemagne, comme une étape fondatrice. Un moment où la langue parlée dans notre territoire n’est plus du latin, pas encore du français moderne, mais une langue romane que l’on peut qualifier de vieux français.

En résulte aujourd’hui une langue extrêmement métisse, qui s’est enrichie – et embellie ! – en s’ouvrant à diverses influences, facilitée par la position de carrefour géographique que sont les terres qui deviendront l’Hexagone. S’intéresser à elle et à ses origines est une démarche généreuse et gourmande, clame notre invité… à l’opposé du repli sur soi qui lui est parfois reproché.